Depuis le 1er janvier 2026, la présence de PFAS est réglementée dans les produits cosmétiques Pour les marques, formulateurs et distributeurs, cette échéance réglementaire impose une mise en conformité immédiate.
Qu’est-ce que les PFAS ?
Les PFAS désignent une famille de plus de 4 000 composés chimiques caractérisés par une liaison carbone-fluor d’une grande stabilité : Selon la définition de l’OCDE/UNEP, les PFAS sont des molécules formées d’une chaîne d’atomes de carbone plus ou moins longue, linéaire, ramifiée ou cyclique, et contenant au moins un groupement fluoré, soit méthyl ou méthylène, saturé et complètement fluoré.
Cette stabilité moléculaire en fait des polluants persistants qui a amené leur surnom de « polluants éternels ». Ils ne se dégradent pas dans l’environnement, s’accumulent dans les organismes vivants et sont aujourd’hui détectés dans les eaux, les sols et les organismes.
Dans les produits cosmétiques, ils sont apportés par les matières premières et peuvent être retrouvés notamment dans :
- Fonds de teint,
- Mascaras,
- Rouges à lèvres longue tenue,
- Soins anti-âge,
- Produits solaires.
Pourquoi les PFAS sont-ils présents dans les produits cosmétiques ?
Les PFAS possèdent la capacité de résister simultanément à la chaleur, à l’eau et aux huiles, ce qui les rend utiles dans un large éventail d’applications. Ils peuvent servir d’émulsifiants, de stabilisants ou d’agents filmogènes.
Dans le détail, leurs fonctions en formulation cosmétique sont les suivantes :
- Effet longue tenue
- Résistance à l’eau
- Amélioration de la texture
- Enrobage des pigments
- Stabilisation des formules
Au-delà des usages délibérés, les PFAS peuvent contaminer les cosmétiques de manière non intentionnelle via deux vecteurs principaux : la migration depuis les emballages (certains flacons ou tubes contiennent des polymères fluorés pour améliorer l’étanchéité), et la présence dans l’eau et les matières premières de formulation. L’eau étant l’ingrédient principal des crèmes, lotions et gels à hauteur de 60 à 80 % de la formule, des traces peuvent subsister si elle n’est pas traitée spécifiquement.
La controverse autour des PFAS
Incapables de se décomposer naturellement, les PFAS s’installent durablement dans les écosystèmes et les organismes vivants. Leur présence est aujourd’hui mesurée dans les eaux douces, les sols agricoles et le sang humain à l’échelle du monde.
Bioaccumulation et risques pour la santé humaine
Leur toxicité potentielle due à la bioaccumulation est au cœur des préoccupations de santé publique qui ont motivé leur encadrement réglementaire croissant. Les effets documentés incluent :
- Perturbation endocrinienne
- Risques cancérogènes : certains PFAS sont classés cancérogènes probables par le CIRC (cancer du rein, de la vessie, des testicules)
- Immunotoxicité
- Persistance bioaccumulative
Enjeux environnementaux
Sur le plan environnemental, les PFAS posent un problème de persistance sans équivalent. Le règlement REACH identifie certains PFAS comme « substances extrêmement préoccupantes » du fait de leur propriété cancérigène, mutagène ou reprotoxique, leur persistance et leur bioaccumulation.
En France, la cartographie de la contamination industrielle progresse : depuis le 1er août 2025, les données relatives aux sites industriels émetteurs de PFAS sont accessibles en ligne sous forme de carte, révélant des zones particulièrement touchées comme la Vallée de la chimie au sud de Lyon ou l’étang de Berre.
Impact sur l’image des marques et responsabilité légale
Pour les acteurs du secteur cosmétique, la controverse PFAS génère désormais des risques réputationnels et juridiques concrets, indépendamment de toute intention.
Sur le plan réputationnel, les marques dont les formulations sont révélées non conformes, via des enquêtes journalistiques, des associations de consommateurs ou des contrôles officiels, s’exposent à une médiatisation rapide et à une pression immédiate pour retirer ou reformuler leurs produits.
Dans un contexte où les consommateurs et les distributeurs sont de plus en plus sensibles aux enjeux d’ingrédients, la présence de PFAS peut suffire à fragiliser une image de marque.
Sur le plan juridique, les précédents se multiplient à l’international et dessinent un cadre de responsabilité croissant :
- Amendes et destructions de stock
- Expertises judiciaires
- Risque réglementaire évolutif
Pour les professionnels du secteur, le message est clair : la conformité PFAS n’est plus une question de bonne volonté, c’est une condition de viabilité commerciale et juridique à moyen terme.
Que dit la réglementation autour de la présence des PFAS dans les cosmétiques ? - Depuis le 1er janvier 2026
La loi n° 2025-188 du 27 février 2025 : une première mondiale
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, la France est devenue le premier pays européen à interdire “interdire ou réglementer?” les PFAS dans plusieurs produits de consommation courante, dont les cosmétiques.
Cette interdiction est issue de la proposition de loi déposée par le député Nicolas Thierry, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en avril 2024, puis définitivement promulguée en février 2025.
La loi interdit à compter du 1ᵉʳ janvier 2026 la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de tout produit cosmétique contenant des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées.
Les seuils de concentration définis par décret
L’interdiction ne s’applique pas aux traces résiduelles en dessous de certains seuils. Le décret n° 2025-1376 du 28 décembre 2025 fixe les concentrations résiduelles au-delà desquelles les interdictions s’appliquent : 25 ppb pour tout PFAS mesuré par analyse ciblée, 250 ppb pour la somme des PFAS, et 50 ppm pour les PFAS incluant les polymères.
Côté stocks, un délai d’écoulement de 12 mois est prévu pour les produits fabriqués avant le 1ᵉʳ janvier 2026.
Ce délai transitoire est limité : les entreprises n’ayant pas encore engagé leur reformulation sont en retard.
La liste des principaux PFAS retrouvés dans les cosmétiques (ingrédients INCI)
Les principaux PFAS que l’on retrouve dans les cosmétiques apparaissent dans la liste INCI sous les noms suivants :
- PTFE (Polytétrafluoroéthylène)
- Perfluorodecalin
- Perfluorononyl Dimethicone
- Polyperfluoromethylisopropyl Ether
- Methyl Perfluoroisobutyl Ether
- Perfluorohexylethyl Triethoxysilane
- Perfluorohexane
- Polyperfluoroethoxymethoxy Difluoroethyl PEG Phosphate
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